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Le Messie peut attendre
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Auteur : Yeshaya Dalsace

Webmaster de ce site, Rabbin à Paris de la communauté DorVador, Paris 20e. Contact yeshaya@massorti.com


A propos d’une soirée interreligieuse mouvementée, des délires messianiques divers et variés et de Pessah...

A l’approche de Pessah, il est de bon ton de penser au Messie… Nous finirons le seder de Pessah comme chaque année en chantant « l’an prochain à Jérusalem » et nous loucherons sur la coupe de vin du prophète Elie pour voir si par miracle le niveau aurait baissé, signe d’un bref passage du prophète à notre table et donc annonciateur du Messie. Comme, nous aurons bu au moins 4 verres de vin (le rituel l’exige), toute illusion ou confusion reste possible… Bref, on a le droit de rêver à des lendemains qui chantent. D’ailleurs, d’après rabbi Yohanan le monde ne fut créé que pour ce rêve messianique (Talmud   Sanhedrin 98b).

Mais si on revient sur le plancher des vaches (maigres ou grasses), et qu’on réfléchit un peu sérieusement à tout cela, il serait bon de dessoûler sans trop tarder et de se tenir prêts pour le Shema   Israël du matin ! Le Messie, c’est formidable, c’est l’espoir d’un monde meilleur, c’est l’idée même de progrès… En cela, l’idée messianique fut un formidable moteur pour faire bouger le monde. La liberté s’invente, chaque jour, elle ne s’impose pas d’elle même. Pour bien des gens à la vie difficile, le Messie représente l’espoir que tout ira bien un jour et cela les aide à tenir dans une existence tourmentée (ce fut ô combien vrai pour nombre de nos ancêtres, Juifs héroïques face aux persécutions). Mais pour bien d’autres gens, le Messie c’est le délire, c’est la négation du présent, c’est le déni de réalité et la fuite en avant dans le fantasme… Là, stop ! Il est temps de descendre de l’âne et de lui dire gentiment : « continus ta route tout seul, moi je reste ici et je vais attendre encore un peu… ». Comme le disent nos rabbins   : « Si tu as une plante dans la main, et qu’on vient te dire : Le Messie est là ! Plante d’abord ta plante, et ensuite tu iras l’accueillir. » (ARNb31)

Le problème de notre monde actuel, c’est que d’un côté nous avons des gens qui ont perdu tout espoir, des blasés du réalisme pour qui l’idée même de spiritualité et d’étude des textes anciens laisse secs comme de la Matsa et de l’autre côté une curieuse montée des délires fondamentalistes et messianiques. On a l’impression que la voie équilibrée, chère au judaïsme, l’espoir sans la folie, reste bien mal partagée, y compris par certains groupes juifs. Le monde déborde de délires apocalyptiques qui font de temps en temps la une de l’actualité au gré des explosions de violence. L’attentat de Toulouse n’est en cela qu’un épisode horrible sur une longue route délirante et sanglante, rêve d’en finir avec ce monde désenchanté pour les uns, cauchemar pour les autres et malheur de toute façon pour les victimes.

Mais attention au « délit de sale gueule » comme au cliché social. Si l’islam nous fournit actuellement quelques beaux exemples de délires messianiques exprimés trop souvent dans la violence la plus extrême, il n’a pas l’exclusivité. Si le parcours socialement chaotique de certains djihadistes explique, sans justifier pour autant, leur dérive, on peut retrouver le délire également dans les beaux quartiers.

La violence commence avec le mental. Celui qui est convaincu de la venue éminente du Messie, ou que celui-ci est déjà venu mais qu’on ne veut pas l’écouter… va s’en prendre à tout ceux qui ne sont pas prêts à entrer dans son délire. Le hiatus entre la réalité du monde et le fol espoir intérieur devient insupportable, psychologiquement ingérable ; soit on abandonne le délire en plantant tranquillement son arbre, soit on se met à courir plus vite que le temps et on se met alors à désirer de faire exploser cette réalité qui est en retard.

Parfois la violence se contentera d’être verbale et mentale, elle ne fera pas alors la une de l’actualité, mais elle est là bien prégnante, emprisonnant les esprits et desséchant les âmes. Ce niveau-là de délire est omniprésent dans notre société, c’est le discours de groupuscules divers, ce sont les incroyables interventions sur les forums internet ce sont les sites délirants, ce sont également certains discours de responsables religieux en dérapage plus ou moins contrôlés face à un auditoire béat. On retrouve ce phénomène aussi bien dans l’islam, dans le christianisme, dans le judaïsme, dans l’hindouisme, mais aussi dans toute sorte d’idéologies politiques sans aucun lien avec la religion. Le passage à l’acte est plus rare, mais il peut être d’une violence extrême, les dernières 100 années en ont donné de larges exemples et le messianisme athée fut plus sanglant que nul autre.

C’est pourquoi, à notre petit niveau, nous devons lutter contre le premier stade du délire mental et verbal, que nous côtoyons forcément, afin de prévenir le stade du passage à l’acte physique. Au sein du judaïsme, le mouvement massorti   s’y emploi avec ses petits moyens, ce qui lui vaut quelques ennemis, mais il n’est pas le seul. Il nous faut parler, raisonner (et résonner), expliquer. Mais le dialogue doit non seulement s’établir au sein du judaïsme (nous en sommes loin pour le moment au vue de certaines crispations orthodoxes  ), mais aussi au-delà et entre les religions. C’est l’un des intérêts majeurs du dialogue interreligieux : relativiser et mieux comprendre afin de ne pas laisser le champ libre au délire. Dans cette perspective, le dialogue n’est pas un luxe.

Il est symptomatique que les fondamentalistes refusent le dialogue et y voient même un danger, voire un blasphème. Les fondamentalistes ne dialoguent pas avec les modérés de leur propre religion (ils ne veulent pas « cautionner », argument régulièrement avancé) et encore moins avec les autres religions (bien que ce soit moins bousculant pour eux, les autres ayant forcément tort). Etre capable d’accepter l’existence légitime de l’autre, de reconnaître ses qualités, que l’on peut apprendre de lui, mais surtout que la vérité n’est pas une valeur réductible mais partageable, c’est-à-dire qu’elle a plusieurs faces… relève d’un exercice mental quasiment impossible pour le fondamentaliste. C’est pourtant bien ce qu’ont enseigné nos rabbins   en affirmant que des opinions contradictoires pouvaient relever de la même vérité divine ! (Talmud   Erouvin 13b)

Il est également symptomatique que les fondamentalistes manquent profondément d’humour en particulier sur eux-mêmes. En cela, l’humour juif qui consiste à se moquer de soi-même relève d’un véritable exercice de spiritualité et montre la maturité juive. Pourquoi Dieu n’aurait pas d’humour ? Il me semble qu’au contraire, un Dieu sans humour est une idole. Dans le Talmud  , Dieu ne se prive pas de rire !

J’ai récemment été invité à une table ronde interreligieuse sur la question messianique. Des fondamentalistes chrétiens (affiliés à l’église dissidente fondée par Lefebvre à la suite de Vatican II) considérant que la présence d’un rabbin   était un blasphème (le lieu était chrétien) se mobilisèrent pour saboter la soirée. Ils étaient une quinzaine, enfants de la bourgeoisie enracinés dans une France étriquée, efficaces et actifs, ils se débrouillèrent pour interrompre régulièrement les propos des trois intervenants face à 150 participants mécontents. Je n’avais pas dit deux mots que je fus immédiatement interrompu par un bigot à la face spectrale. Pas question de laisser parler le Juif, surtout à propos du Messie ! Ma réaction fut d’en rigoler et de raconter des blagues juives (messianiques). Cela a décontenancé quelque peu ces imbéciles car l’idée même de rire leur semble totalement étrangère (on se serait cru face à un parterre de figurants tout droit sortis du tournage du Nom de la rose…). La bêtise de leur propos d’un manichéisme simplificateur à l’extrême était affligeante. Mais pour eux pari réussit : dorénavant, les organisateurs réfléchiront à deux fois et pour peu que ce genre d’actions de sabotage continue à se multiplier ils pourraient avoir gain de cause (ce n’est pas la première, rappelez-vous l’intervention huée du rabbin   Rivon Krygier à Notre-Dame, et cela devient de plus en plus systématique). Il faut donc continuer à dialoguer plus que jamais.

Le plus ridicule, chez ces chrétiens fondamentalistes, c’est que non seulement leur conception religieuse est parfaitement païenne, mais que s’ils avaient vécu à l’époque de Jésus, ils auraient assurément fait partie du petit groupe d’extrémistes ayant appelé à sa crucifixion ! Paradoxe de la bêtise et de la crise de foi…

Si ces chrétiens fondamentalistes étaient spécialement gratinés, ils n’ont pas pour autant de monopole. On aurait pu trouver la même couche de stupidité dogmatique ailleurs conduisant aux mêmes réactions. La question n’est donc pas le christianisme, mais l’étroitesse du cerveau de certains humains et l’endoctrinement qu’ils subissent. Chez les uns, cela se traduira en venant saboter le dialogue, chez les autres, par des discours irrationnels pathologiques, chez d’autres encore, en venant tuer de sang froid un enfant considéré comme gravier dans la roue messianique… Dans tous les cas on se promène sur la même échelle des délires glaçant et haineux, échelle sur laquelle les anges n’ont plus leur place.

Si l’on associe le Messie au progrès et à l’intelligence débouchant sur une vision fraternelle universelle (ce qui est clairement le message biblique sur cette question, notamment chez Isaïe), assurément, dans certains milieux, le Messie marche à reculons… Face à certaines dérives de notre société, je serais le prophète Elie, j’avalerais une gorgée du verre versé à la fin du Seder, mais à la dérobé, juste pour la route et je ferais vite demi-tour en attendant des jours meilleurs…

N’oublions pas qu’avant le prophète Elie, le premier invité à la table du Seder, c’est, dès la deuxième coupe de vin, le questionnement menant à la sagesse… Etape obligatoire pour pouvoir continuer et finir par verser la coupe du prophète Elie.

Yeshaya Dalsace

avril 2012

Si vous voulez rire un peu et visionner une partie de la soirée :

Entretien :

http://magazineoriental.com/index.p...

L’humour contre les embrumés du Nom de la rose :

http://magazineoriental.com/index.p...

Réaction de la Soeur Geneviève Comeau (participante chrétienne à la soirée perturbée) :

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Attention dialogue

Messages

  • Salutations,

    On m’a raconté la blague que vous avez faite après en privé :

    "C’est quoi la différence entre Jésus et un yamakasi ? Le premier s’est loupé !"

    Très drôle ! moi qui vous trouviez ronchon et aigri, je découvre une nouvelle personnalité bien plus sympathique !

    Bonnes fêtes de Pâques !

    Un fan

  • Bonjour,

    ""Le Messie peut attendre" ; sujet curieux qui arrive sur ma boite mail.
    Je m’énerve, je n’arrive pas à visionner la vidéo depuis ma cabine.
    Je monte à la passerelle de mon navire en râlant et maudissant la houle et là : miracle, j’ai du débit...
    Je peux donc visionner le passage où le Rabbin   Dalsace n’a même pas encore eu le temps de blasphémer que notre très jeune ami portant la croix sur le revers de sa veste intervient. Sans doute un adepte de la frappe préventive, "tuez-les tous, D. reconnaitra les siens", je pousse le trait bien évidemment.
    Mr Dalsace portait une Kippa et l’œil aguerri de notre croisé a tout de suite repéré qu’il se trouvait en face d’un rabbin   et non d’un évêque portant la calotte. De plus le tout confirmer par le modérateur qui avait fait la présentation de ses trois invités auparavant.
    Plus de doute, la proie était cernée, le seigneur était sur ses terres, le fusil chargé d’eau bénite et notre rabbin   sur le point de se transformer en garou-garou.
    Mon lieutenant de quart regardait d’un œil la scène par-dessus mon épaule.
    Ce lieutenant issue du Far West breton, lui-même chasseur dit au passage, mais d’un autre type de gibier que je ne peux pas mentionner sur un bateau, je crois que le Rabbin   Dalsace me saisira puisque j’ai cru comprendre qu’il appréciait la mer, ne fit pas dans la dentelle et me demanda alors qui était "cet étrange individu", en parlant du jeune homme et non de celui qui cachait une calvitie naissante sous la kippa. Je lui expliquai brièvement, ayant lu l’article du rabbin   avant le visionnage du "sketch".
    Cher Rabbin   vous avez fait rire jusqu’en Afrique avec votre sens de l’humour que sans aucun doute vous avez du apprendre à maîtriser devant les questions récurrentes qui sont posés aux personnes de confession juive, parfois de manière gênante mais souvent également par intérêt, ne l’écartons pas.
    Bien que votre histoire eut été racontée avec beaucoup de talent, puisque pour le dire en des termes plus simples "on s’est bien marré", vous avez du rester avec un goût d’amertume, non pas par l’intervention de notre jeune croisé mais par la situation inconfortable dans laquelle toute cette communauté inter-religieuse réunie a pu se retrouver. Je pense que notre croisé avait sa place parmi vous, mais je pense qu’il n’a pas su y rester.
    Pour terminer mon commentaire : je raconterai celui de mon lieutenant breton qui me dit en voyant notre jeune expulsé de la salle : " la dernière fois que je me suis fait viré comme çà, c’était dans un bistrot, j’avais osé dire au patron que son whisky était frelaté" ; alors intrigué je lui ai demandé : " quelle whisky tu buvais" et il me repondit honteusement : "un Chivas", je lui ai retorqué : "t’aurais pu evité, non ?" et il acquiesça : " J’en tenais une sacré couche ce jour-là".
    Je sais que le Rabbin   Dalsace n’a pas été gêne pour lui-même, mais a plutôt été gêné de part la situation crée et des répercussions qu’il mentionne dans son état des lieux. En espérant que cela ne résonnera pas pour d’autres invitations. Ce serait dommage, je l’écoute régulièrement et même les choses les plus sérieuses sont relativisées et présentées avec humour et/ou délicatesse, qualités qui ne sont pas données à tout le monde, le plus difficile étant de maintenir cette voie lorsque l’on est régulièrement pris à partie.
    Ce qui m’a dérangé le plus, c’est de voir ce jeune homme, plein de conviction, avoir cette attitude, je ne le blâme pas car il n’est que le fruit d’une éducation à mes yeux complétement ratée. Et je balaie devant ma porte, la mienne n’étant pas des meilleures.
    C’était pourtant pas mal d’avoir un rabbin   à sa disposition pour poser des questions : moi je n’en ai pas un à moins de 1000km.

    Cordialement,

    Christian

  • J’ai vu sur la vidéo la manière du rabbin   Dalsace,intelligente, douce, souriante de répondre à l’agité.
    Les rencontres interreligieuses sont un défi lancé à tous ceux qui voudraient rester cloisonnés dans leurs certitudes.
    Les fondamentalistes sont-ils si peu sûrs d’eux qu’ils sont incapables de dialoguer et de se confronter aux autres idées ?
    L’invective, le sabotage, la violence ne sont pas des arguments. Avec un enragé, on ne peut pas parler.
    Puisque ce genre d’individus risquent de perturber les réunions, ne conviendrait-il pas de prendre des mesures d’organisation pour les empêcher de nuire à l’avenir, par exemple : inscription avec nom, prénom, téléphone, mail, filtrage à l’entrée sur pièce d’identité, un ou deux agents de sécurité, ou bien fichage des indésirables, plainte pénale contre ceux qui ont perturbé les réunions ?
    Continuons à parler avec la majorité qui est ouverte, maintenons les enragés hors du cercle de dialogue.

  • C’est un bien bel article de Rav Yeshaya. Je suis partagé entre une certaine mélancolie (pas celle des post-modernes désenchantés, mais plutôt un léger et provisoire découragement face à la bêtise) et la gaîté que l’humour juif de notre rabbin   a fait surgir en moi, comme un antidote au désespoir. Et puis, il y a ce beau lapsus, malicieux s’il est voulu et génial s’il est involontaire : Rav Yeshaya écrit "résonner" là où l’on attend "raisonner". Que dire de plus ? La messe n’est pas dite, attendons le Messie.

  • Que dirait la sagesse en pareilles circonstances ???

    Garde ton âme dans le silence, ne juge pas et ainsi on ne te jugera pas...mais respecte ton prochain sûr de ta foi.

    Ne fais jamais usage de la force car c’est par la douceur que tu atteindras les cœurs et par la force que tu déchaineras les passions.

    Reste humble car tout ce que tu connais c’est Dieu qui te l’a donné. Ne t’éparpille pas en paroles et impolitesses au risque de te perdre toi même.

    Garde toi dans la justice car ainsi la justice de Dieu ne t’atteindra pas.

    Garde toi dans la bonté car c’est en t’exerçant dans la charité que Dieu te rendra en quintuple.

    C’est en la pureté de ton âme que tu parviendras au royaume de Dieu, n’oublie pas peuple élu qui tu es, qui tu dois être :un modèle pour l’humanité porteur des lois saintes.

    Ne cherche pas les biens et les louanges de ce monde car ici-bas tout passe mais reste le regard fixé sur le royaume de Dieu où tout est éternel.

    N’oublie jamais que Hachem, ton Dieu a le regard figé sur toi...et si ce monde te rejette c’est parce que tu n’es pas de ce monde. Prends garde de me pas te perdre toi même en paroles que ton coeur pourrait regretter un jour, ni d’emprunter les mêmes chemins tortueux des pêcheurs aux yeux de Dieu et Dieu te restitueras le quintup

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