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Pas de compromis avec les commandements
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Auteur : Saul Lieberman

Grand talmudiste, directeur du JTS dans les années 60-70


Saul Lieberman -

New York, 25 kislev 5719
Monsieur le Premier ministre,

À mon retour des montagnes, j’ai trouvé votre lettre, et je me hâte d’y répondre.

Il s’agit de savoir si le fils d’un juif et d’une non Juive suit selon la Torah la filiation paternelle et donc s’il est juif. Il est évident, et ce n’est pas là sujet à discussion, que cet enfant n’est juif en aucun cas. Toutes sortes de déclarations ou de promesses, aussi bien du père que de la mère, ne changent absolument rien à cette situation ; pour être Juif, cet enfant doit se convertir selon la règle du judaïsme. Il est clair aussi qu’un tribunal rabbinique n’acceptera en aucun cas de convertir des enfants, s’il est évident que les parents ne les élèveront pas dans l’observance de la Torah et des préceptes. Aucune tragédie vécue par les parents ne peut obliger qui que ce soit à entreprendre une conversion qui n’est que comédie.

Comment se comporter, cependant, envers une personne dont le père est juif et la mère ne l’est pas, et qui déclare : « Je me considère comme juif à tout point de vue ! » Faut-il l’en dissuader ? Il est évident que cette personne a le droit de se considérer comme un juif authentique. Un non Juif qui se considère comme partie du peuple juif, mais ne cache pas sa véritable origine, a le devoir d’observer consciencieusement les sept préceptes noahides, [préceptes considérés comme attachés à l’humanité tout entière à partir de la descendance de Noé] et d’être appelé un pieux parmi les nations. [...] Si ce non-juif démontre son amour et son dévouement envers le peuple d’Israël, il nous est prescrit de l’aimer, d’avoir pour lui de l’affection, et de l’estimer. Il sera appelé ami, compagnon des juifs, ou autres termes semblables.

De même que nous ne pouvons lui imposer qu’il ne se considère comme juif, lui-même n’a pas le droit de nous imposer que nous reconnaissions sa judéité.

Et si vraiment le peuple juif lui est cher à ce point, la porte lui est ouverte pour qu’il s’engage à observer les préceptes, et se convertisse.

Sa conversion ne nuit en rien à ses privilèges, puisque nous n’avons pas de préjugés contre les convertis.

Lorsque les enfants juifs étudient les récits de l’époque de la destruction du Temple, dans le traité Guitin, ils apprennent, entre autres, que certains des plus grands Sages   d’Israël venaient de familles de convertis au judaïsme. On trouve, par exemple, l’histoire d’un grand prêtre, sortant du Temple, suivi de tout le peuple. Mais lorsque les gens ont vu Chemaya et Avtalion, fils de convertis, ils ont délaissé le prêtre à la longue ascendance juive et se sont massés derrière ces fils de guerim. [...] De même, une femme non juive, qui a enfanté un enfant d’un juif, et voudrait qu’on convertisse son enfant très jeune, peut toujours s’attacher elle-même à la Torah et à ses préceptes, et elle verra son enfant converti sans délai. Si elle n’est pas prête à cela, elle peut se résoudre à laisser son enfant devenir un pieux parmi les nations ; lorsqu’il arrivera à l’âge adulte, il pourra, s’il le veut, s’affilier au peuple saint, et se convertir de sa propre volonté.

Cela est la Halakha   acceptée par Israël. Et maintenant, passons à la méthode du débat.

[...] Ne connaissant les intentions du gouvernement israélien que de sources que nous ne sommes généralement pas autorisés à croire mais que nous pouvons seulement appréhender, nous continuerons ce débat en nous fondant sur un point qui nous est sans aucun doute commun, à savoir l’unité du peuple d’Israël.

Toute déviation de la Halakha   au sujet des mariages mixtes et des enfants issus de mariages mixtes provoquerait la confusion dans l’esprit des juifs de la diaspora.

La majorité du peuple juif se trouve en Amérique, et même ceux qui n’observent pas le jour du Grand Pardon (Yom Kippour), craignent là-bas les mariages mixtes. Les parents font, jusqu’au dernier moment, tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher leurs fils et leurs filles de contracter de tels mariages. Le chagrin non simulé des parents réussit souvent à convaincre les enfants.

Le moindre compromis que ferait Israël serait lourd de conséquences pour lui comme pour la diaspora. Il blesserait le peuple dans ce qu’il a de plus cher. Les pères ne pourraient amener des avocats à leurs enfants pour leur expliquer qu’en Israël les conditions sont différentes, car ils leur répondraient à juste titre : « Si c’est permis en Israël, ça l’est aussi en Amérique. » Nous ne voulons pas nous mettre dans une situation qui permette aux gens de dire : « Quand on veut se débarrasser de sa femme, on va au Nevada pour divorcer, et quand on veut épouser une non Juive et avoir d’elle des enfants juifs, on va à Jérusalem, la Ville sainte. »

Puisque, à notre corps défendant, nous avons dû aborder cette question, nous voulons vous dire que nous ne sommes absolument pas d’accord avec ceux qui accusent le gouvernement israélien de vouloir nuire à la religion exprès, afin que le peuple d’Israël l’abandonne. Nous ne connaissons pas les intentions du gouvernement, car seul Dieu sonde les cœurs. Celui qui a dit au mont Sinaï : « Ne t’allie avec aucun d’eux », a dit aussi : « Ne colporte pas les rumeurs » et « n’accueille point un témoignage mensonger », et nous interdit d’écouter la médisance. Il nous a aussi ordonné, dans sa Loi orale, de n’accuser personne sans preuves.

On ne fait pas de compromis avec les commandements, en acceptant certains et en refusant d’autres [...]

J’espère que mes paroles, dites en toute fraternité, sont convaincantes.

Rappelez-vous Yaakov du village de Naboraya qui a voulu prendre une décision contraire à la Halakha  , et a précédé le gouvernement israélien de mille sept cents ans, en déclarant juif l’enfant d’une femme non juive : il a eu le privilège que son nom reste grâce au Talmud   de Jérusalem et aux récits du midrash  , parce qu’il a admis son erreur. En cela, il a montré sa grandeur d’âme, et selon la formule de Rabbi Yehouda : « Un grand homme... parce qu’il n’a pas craint de dire : je ne savais pas. »

Il y a beaucoup de sages   parmi les peuples du monde, mais nombreux sont ceux du peuple d’Israël.

Le gouvernement israélien a déjà eu plusieurs fois l’occasion de montrer sa grandeur, et je suis convaincu que cette fois encore, il montrera son courage, et se comportera comme les Sages   d’Israël qui n’ont pas craint d’affirmer : « Les choses que j’ai dites précédemment étaient fausses. » Il ne se gênera pas de dire : « Je ne savais pas. Maintenant que je sais, je reconnais mon erreur. »

Les flèches que lui préparent ses ennemis se transformeront alors en paille et en poussière.

Je termine en vous souhaitant que Dieu vous montre la voie juste, et vous donne longue vie.

Avec ma modeste bénédiction.

Saul Lieberman

(1898-1983). Né en Biélorussie, il étudia à la yechiva de Malcz avant de passer à celle de Slobodka. Durant les années 20, il étudia également à l’université de Kiev et en France.
Il émigra en Palestine en 1928 et compléta ces études à l’Université hébraïque de Jérusalem. En 1931, il fut nommé dans cette université pour enseigner le Talmud   et le grec. En 1935, il fut nommé doyen de l’institut Fichel pour l’étude du Talmud  , à Jérusalem.
En 1940, il fut invité comme professeur d’histoire et de littérature, au séminaire rabbinique de New York (séminaire rabbinique du mouvement Massorti  ). Il devint le doyen de cet Institut en 1949 et recteur en 1958. Pendant de nombreuses années, il fut le président de l’académie américaine pour l’étude du judaïsme. Il fut aussi membre honorifique de l’Académie nationale pour la langue hébraïque et membre de l’Académie nationale des sciences et des humanités (Israël).

Il reçut le prix d’Israël en 1971. Son domaine de spécialisation était le Talmud   de Jérusalem et parmi ses travaux on compte Addition des premiers (4 vol. 1937-1939) et Livres secondaires (1968). Plusieurs de ses travaux ont trait à l’influence de la culture grecque sur le judaïsme durant les premiers siècles.

Saul Lieberman demeurera peut-être, le plus grand talmudiste du XXe siècle.

Ces réponses ont été publiées parmi d’autres et une excellente étude sociologique sur le peuple juif dans l’ouvrage d’ Eliezer Ben-Rafaël, « 50 Sages   répondent à Ben Gourion » publié dans la collection voix et regards chez Balland

Article mis en ligne par Yeshaya Dalsace

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