Le mouvement massorti français
Questions pratiques
Judaïsme
Culture
test





Pourquoi la Halakha ?
 – mots clés
  • Augmenter police
  • Diminuer police
  • imprimer
  • Réaction 4 messages
Auteur : Yeshaya Dalsace

Webmaster de ce site, Rabbin à Paris de la communauté DorVador, Paris 20e. Contact yeshaya@massorti.com


Apologie des Mitsvot -

La Halakha  , la Loi juive, n’est pas un système dépassé car c’est un système qui non seulement nous transcende mais nous aide surtout à nous surpasser.

Le mouvement Massorti   à la spécificité de vouloir lier la modernité au respect de la tradition et notamment de la Halakha   que beaucoup de juifs du mouvement Massorti   respectent scrupuleusement, alors que d’autres sont moins strictes, mais tous devraient avoir conscience de l’existence et de l’importance du système halakhique.

Vis-à-vis de l’orthodoxie   juive généralement plus pratiquante et conservatrice, le mouvement Massorti   est obligé de justifier sans cesse son point de vue aussi bien théologique que halakhique, notamment à propos de certaines innovations jurisprudentielles ; cette question est l’objet de plusieurs articles sur ce site.

Mais il doit également se justifier vis-à-vis de la majorité des juifs qui ne sont pas religieux et pour qui la Halakha   peut sembler un système totalement dépassé. Ce public peut trouver beaucoup plus simple de se tourner vers des mouvements juifs plus libéraux chez lesquelles la Halakha   n’est pas une obligation ou tout simplement de se détacher lentement de toute pratique juive et de toute affiliation. D’autre part, la plupart des juifs ne tiennent pas beaucoup compte de la Halakha   dans leur vie privée, y compris une grande partie du public qui fréquente les synagogues Massorti   et orthodoxes  . C’est dommage car la Halakha   pourrait leur apporter beaucoup.

Nous nous devons donc de chercher à montrer la pertinence d’un système halakhique qui ne va pas de soi pour beaucoup de gens.

Le discours théologique classique consiste à dire que la Halakha  , reçue au mont Sinaï, est l’expression de la volonté divine et qu’un être humain lié à l’alliance à tout avantage à la respecter, faute de quoi il serait puni. Dieu a donné la Loi, le juif se doit de la respecter. Le problème de cette théologie, c’est qu’elle ne convainc que les orthodoxes   et qu’une personne imprégnée de modernité restera dubitative face à un tel discours. On pourra facilement répondre que rien ne prouve l’origine divine de ces Lois et que certaines d’entre elles datent d’un autre âge et ne sauraient répondre aux besoins du temps. Pour quelles raisons, un juif occidental, quand bien même il désirerait sincèrement une vie spirituelle, devrait respecter de telles règles et une discipline aussi stricte, jugée trop artificielle ?

Sans tenir le discours théologique classique, nous allons essayer de montrer pourquoi la Halakha   reste si importante à nos yeux.

Expression de la volonté divine :

À notre avis, l’argument théologique classique tient encore sur le fond.

Cela ne veut pas dire que Dieu l’a donné directement dans son intégralité dans un moment fondateur. Nous convenons que la Halakha   est le résultat d’un long processus historique de développement. Nous convenons également qu’elle a subi différents changements au cours de ce processus et qu’elle est susceptible d’en subir encore. Cependant, pour celui qui croit en Dieu, c’est-à-dire en une entité supérieure et transcendante au monde dans lequel nous vivons, la tradition juive est bien l’expression de la volonté divine. Quand bien même cette tradition juive serait le résultat d’une lente évolution, aussi bien textuelle que coutumière, nous ne la considérons pas comme le résultat du hasard, mais bien comme le résultat d’un dialogue constant entre des humains inspirés, les prophètes et les sages   face à l’entité spirituelle que l’on appelle Dieu.

En mettant en place un système halakhique, nos prophètes et nos sages   ont donné l’expression à leur inspiration à laquelle nous adhérons.
Il est possible qu’il y ait une part d’arbitraire dans ce processus, c’est-à-dire l’expression de la subjectivité humaine de nos dirigeants et de nos inspirés. Ils étaient, en effet, liés à une géographie particulière, à des circonstances historiques spécifiques, à des conditions sociologiques, à une certaine mentalité… S’ils avaient été dans une autre géographie, dans d’autres circonstances, le résultat de leur inspiration aurait sûrement été différent. Le calendrier des fêtes juives et leurs coutumes sont intimement liés au climat d’Israël. Certains principes rabbiniques sont clairement le reflet d’une certaine mentalité liée à un contexte sociologique et historique particulier. Nous en convenons. Nous reconnaissons cependant le souffle d’inspiration qu’il y a dans ce système, nous sommes reliés à la géographie d’Israël, nous dialoguons avec la mentalité juive passée ; non seulement par attachement identitaire, mais également car ce système est imprégné de sainteté. La subjectivité humaine et historique n’empêche nullement la possibilité d’une inspiration transcendante.

C’est pourquoi, sans pour autant avoir une théologie de la révélation fondamentaliste, on peut légitimement adhérer à l’idée de révélation. C’est ce qu’a cherché à démontrer Abraham Heschel   dans son grand ouvrage « Tora min Hashamayim », rédigé en hébreu, traduit en anglais, mais hélas pas encore en français.

Il existe une idée fondamentale dans la pensée juive : le divin s’exprime aussi dans les petites choses, les petits gestes, la méticulosité de la pensée humaine et de la ritualisation de la vie. Les grandes idées et les grands mythes ne suffisent pas. Ce qui s’exprime parfaitement dans la complexité de la pensée halakhique. Chaque Mitsva accomplie avec Kavana (intention pure) relève donc d’une forme de révélation.

On peut donc être un moderne et considérer que le respect de la Loi juive dans ses détails relève bien du respect de la volonté divine et connecte le juif avec le divin.

Une discipline spirituelle intérieure.

Tout système spirituel, au-delà de la théologie et de la croyance en une révélation, développe son propre mode d’expression. Le judaïsme a mis en particulier l’accent sur la notion de Mitsva, de commandement impératif à respecter. Il a mis en place une sorte de système auto disciplinaire extrêmement exigeant. Pour le judaïsme, quand bien même on en aurait une approche anthropologique, la spiritualité passe par la discipline. Système que Spinoza, malgré sa rupture, admirait.

Le judaïsme exprime de grandes idées, comme l’amour du prochain, la volonté de changer le monde et de l’améliorer, le refus de l’injustice, l’idéal du savoir, l’aspiration au dépassement de soi et à la sainteté… Mais il considère que toutes ces idées n’ont de sens que si elles sont traduites en actes.

La Halakha   relève donc d’un manuel de discipline afin de traduire en actes un idéal. La Halakha   ne concerne pas que le rituel, elle gère également de nombreux autres domaines, y compris ceux qui sont liés étroitement à la moralité. Elle va discuter à l’infini de la manière dont je dois apprendre à ne pas spolier ou voler, dont je dois prendre soin du bien du prochain, dont je dois assister le plus faible…

Elle crée une règle de discipline intérieure, permettant à l’individu de trouver en lui-même des forces insoupçonnées. La plupart des grandes spiritualités exigent une discipline, un rite prend du sens dès lors qu’on l’accomplit avec respect, ce qui implique forcément une règle normative. Ce principe se retrouve également en art, en sport et dans tous les domaines où l’homme est appelé à se surpasser… Sans le respect d’une règle stricte imposant une forme de transcendance à l’individu, tout cela ne fonctionnerait pas. La Halakha   est donc la règle nécessaire à un épanouissement spirituel juif. Cela reste vrai, quand bien même je serais un parfait agnostique, car on peut être agnostique et spirituel.

Un judaïsme qui tournerait le dos à la Loi, ne serait plus du judaïsme. Le principe est répété sans cesse tout au long de la Bible et de la littérature rabbinique. C’est pourquoi on peut très bien discuter de la façon dont telle ou telle règle doit être appliquée aujourd’hui, sans pour autant remettre en cause le principe de l’application de la règle. Au contraire, la discussion prouve l’attachement. C’est exactement la position Massorti  .

La sainteté de shabbat n’existe que par les interdits du shabbat. La sainteté de ma maison et de ma vie familiale n’existe que par les différentes règles qui gèrent ma cuisine, le rythme de ma famille et même ma chambre à coucher… Ces règles, Loin d’être un carcan insupportable dès lors qu’elles sont bien vécues et appliquées avec quelque humanité et intelligence, font que ma famille n’est pas comme toutes les autres et qu’il y règne une certaine ambiance et un climat de spiritualité, le tout accompagné d’une identité juive très prononcée. C’est pourquoi ces règles sont une richesse et une chance et non pas seulement l’expression d’une adhésion théologique ou dogmatique.

Une fidélité au judaïsme.

Respecter la Loi juive consiste à se placer dans une continuité historique qui me relie à des centaines d’années, et même des milliers, d’une histoire humaine particulière. La Halakha   est le résultat d’une longue chaîne de réflexion. C’est ce qu’on appelle une civilisation. Un être humain est toujours le résultat d’une civilisation humaine qui a mis des milliers d’années à se forger. En respectant les règles du judaïsme je me place dans cette continuité très particulière qui est celle de l’histoire juive. Je suis donc un être civilisé. Cela ne veut pas dire que je m’interdis de discuter du bien-fondé de telle ou telle valeur juive ancestrale, bien au contraire. Je suis suffisamment en phase avec moi-même et avec mon judaïsme pour pouvoir en discuter sans complexe. C’est bien parce que j’adhère au système, que je le respecte et que je ne ressens nullement le besoin de prouver quoi que ce soit à quiconque, que j’ai la légitimité et la liberté d’y apporter ma subjectivité. Il n’y a aucun intérêt à remettre en cause certains aspects d’une civilisation morte. Le propre d’une civilisation vivante, c’est d’être constituée d’êtres humains totalement enracinés dans cette civilisation et façonnant à leur manière celle-ci. C’est pourquoi on se doit de discuter tel ou tel point de Halakha   et de faire bouger certaines lignes, par juste soucis de fidélité. Par contre, la remise en cause de la Halakha   comme principe, implique la remise en cause de la civilisation juive, en tout cas de l’un de ses fondements. Je ne vois aucune raison objective de le faire. Je vois des raisons objectives de discuter certains points, d’en élargir le champ d’application ou d’interprétation, mais certainement pas le principe même du respect de ce système qui fonde ma civilisation et ce que je suis.

Dans un camp de travail, durant la shoah, un petit groupe de juifs avait réussi à voler suffisamment de matériel pour fabriquer une soukka derrière leur baraque, au péril de leur vie. Au moment d’entrer dans la soukka, le soir de la fête de Soukkot, l’un d’eux rappela la règle de la Michna   : « Une soukka volée n’est pas kashère ! ». Le petit groupe entra alors dans un débat halakhique pour savoir si prendre du matériel aux nazis, dans leurs conditions de travail, consistait en un vol ou pas, et si en conséquence cela interdisait de dire la bénédiction en se plaçant dans cette Soukka… Voilà une anecdote, parmi tant d’autres, qui marque ce qu’est une pensée halakhique. Ces quelques malheureux sont à mes yeux admirables. Non seulement pour leur acte de bravoure et de résistance morale en construisant une Soukka, montrant par là qu’ils gardaient encore leur dignité humaine (ce qui aurait été impossible dans un camp plus sévère). Mais également en hésitant à se servir de leur soukka. On peut trouver ridicules de tels scrupules dans de telles circonstances ; mais face à la barbarie allemande, ces juifs montraient au contraire la hauteur de la civilisation juive et leur fidélité à celle-ci, même dans des circonstances aussi terribles. C’est, entre autres, cette hauteur de civilisation que les nazis voulaient détruire.

La Halakha  , Loin d’être un droit vieillot, est un droit de vie et un droit qui permet à celui qui l’observe, « d’être un homme, là où il n’y a pas d’homme » (Avot). Sans une telle fidélité, il n’y aurait pas une telle civilisation, fidélité qui manquait singulièrement aux Allemands vis-à-vis des valeurs de leur christianisme trop vite oublié… Celui-ci, basé sur l’abandon de la Loi posait beaucoup moins de problèmes, des accommodements étaient possibles.

L’art d’être libre.

La Loi c’est la liberté ! Paradoxe, mais idée très profonde. Il ne s’agit nullement d’une Loi imposée, mais d’une Loi choisie, une Loi d’élection. C’est pourquoi nous sommes opposés à toute coercition religieuse. Celui qui se plie à la Loi est libre, parce que la Loi l’arrache à sa nature et au déterminisme de l’instinct. C’est là encore une idée fondamentale de la pensée juive classique. La Loi libère ! C’est le thème même du titre de Levinas : « Difficile liberté ». C’est l’idée du Shabbat, « souvenir de la sortie d’Egypte » qui permet d’atteindre une autre dimension de l’humain, un autre rythme, non pas seulement par la volonté positive de réaliser une vague idée de Shabbat, mais par la soumission à une série d’interdits qui transforme la nature du temps shabbatique. Sans Halakha  , nous ne serions pas libres d’être « les bâtisseurs du temps ».

Rien n’est plus aliénant que la manière dont vivent bien des gens soumis à toutes sortes d’influences et pressions extérieures dont ils n’ont même plus consciences. En cela, l’occidental moyen, le public des grandes chaînes commerciales et des talk shows, livrant à tous leurs états d’âmes et suivant les modes et les indices, présente l’image d’une forte aliénation. Le juif halakhique, l’homme de la Halakha   cher à Soloveitchick, est autrement libre.

La Loi en m’amenant à une maîtrise de moi me libère. C’est là encore, un mode d’expression de la liberté première et fondamentale qui a peut à faire avec l’image classique et dogmatisée qu’on se fait de la religion.

L’entre deux de la pratique.

Il est courant de voir de nos jours des adeptes du tout ou rien, des gardiens de la Loi extrémistes face à des indifférents éloignés. La Halakha   serait l’apanage des pieux. Pour les autres, quelques vagues rites suffisent. C’est à mon avis une vision lamentable et qui mène le judaïsme vers sa décadence. Le face-à-face de deux déterminismes : le juif pratiquant est soumis bien souvent à sa foi et sa crainte que dans le fond il n’a pas choisi et qu’il protège d’un discours de fermeture, l’éloigné reste, lui, soumis à sa paresse ou son insouciance qui sont rarement le fruit d’un choix bien pesé. Ni l’un, ni l’autre n’ont véritablement choisi et réfléchi la donne du problème et pesé leur choix en conscience. Ces schémas manichéens, du pratiquant opposé au séculaire, dénaturent la Halakha   qui doit demeurer un chemin à la porté de tous.

La halakha   prend tout son sens dans un entre deux, chez celui qui, sans fanatisme y trouve sa voie spirituelle, chez celui qui en quête d’authenticité dans son judaïsme cherche à faire bien ce qu’il fait, quand bien même il ne ferait pas tout.

C’est pourquoi la Halakha   ne peut se laisser altérer, ni par le fanatisme fleuretant avec l’imbécilité et assénant des discours culpabilisateurs à qui veut les entendre, ni par la mollesse d’une adaptation à toute difficulté ambiante. Le fanatisme n’est que trop entendu, nul besoin de l’expliquer. La mollesse c’est par exemple, allumer à n’importe quelle heure les bougies du shabbat, temps de la cité oblige, en faisant d’une Mitsva une transgression, dénaturant ainsi la tension nécessaire entre un vécu et l’exigence de la Loi. Or il y a un art de penser halakhiquement, de chercher le compromis avec rigueur, la réponse aux situations diverses avec logique, sans se laisser aller à un esthétisme de façade. Je prends cet exemple parlant du fait que chacun est confronté à la tension entre les exigences d’un horaire shabbatique fluctuant avec les saisons et une vie professionnelle et urbaine rendant son respect difficile. C’est dans ces moments de tensions que l’idée de Halakha   devient porteuse, quand bien même on n’arrive pas à en tenir les exigences.

Je pense à ce sujet que tout juif non pratiquant quelque peu respectueux de son héritage culturel et spirituel, devrait s’intéresser à la Halakha  , au moins comme forme même d’expression d’une éthique théorique ou d’une idée, mais également d’une réalité historique et sociologique forte et parlante. Pouvant ainsi y faire référence dans sa vie courante sans pour autant adopter un véritable mode de vie religieux, s’il ne l’est pas. Comme dit la Mishna   : « l’ignorant ne craint pas la faute ».

Hélas, il n’existe pas, à ma connaissance, en français, de bon ouvrage de réflexion sur la Halakha  , la plupart des livres de Halakha   restant des manuels du parfait pratiquant soumis et sans questions.

Or on peut très bien envisager pour le public de l’entre deux, une pratique de l’entre deux. C’est-à-dire un réel rapport à la question de l’interdit sans pour autant s’enfermer dans cette question. Une telle démarche n’est possible qu’en prenant un minimum la tradition halakhique au sérieux. En faisant que chaque Mitsva ait son sens en elle-même et chaque action accomplie sa pleine valeur. Là encore c’est cette démarche que prône le mouvement Massorti   pour le public séculaire, tout en permettant à ses « élites » pratiquantes une entrée en profondeur dans les arcanes de l’existentialisme halakhique.

Transcendance à soi-même

Enfin, on peut voir dans l’accomplissement d’une geste halakhique une transcendance à soi-même. Non pas un saisissement extérieur qui serait de l’ordre de la vision, mais une élévation vers un au-delà du moi qui interpelle. Cela rejoint l’idée de discipline intérieure, mais peut aller plus Loin. En plaçant chacun de mes gestes dans une perspective halakhique, j’insuffle à toute mon existence une possibilité de surpassement, je me place dans une lumière de surconscience.

Offrir à soi-même la possibilité d’une telle ouverture à autre chose que nos envies premières n’est pas une petite chose ! C’est de cette conscience là que nait la sainteté.

Ici encore, nul besoin d’un discours de bondieuserie pour comprendre et adhérer. La pensée Levinassienne de l’infini en développe la légitimité philosophique.

Discuter la Loi

J’espère avoir montré quelques bonnes raisons de se laisser entrer dans la Halakha   ou en tout cas d’en être à l’écoute.

Bien évidemment les arguments avancés ne sauraient convaincre une personne totalement éloignée de ces préoccupations. Celle-ci pourra rester légitimement en dehors, en espérant une ouverture possible. Il est vrai que la plupart des gens restent insensibles à un tel discours et bien Loin de telles recherches. Ce n’est nullement une raison pour ne pas essayer de toucher le cœur de ceux qui cherchent une certaine écoute de l’humain.

Toutes ses raisons que nous avons exposées impliquent de la sensibilité et une fidélité intelligente.

Le judaïsme peut très bien tomber dans une fidélité obscurantiste de la Loi, une forme masquée d’idolâtrie comme on en voit tant de nos jours.

On a parfois tendance à oublier que la Loi est faite pour être discutée dans le respect et l’intelligence. Mais la discussion, pouvant même aller jusqu’à la remise en cause de certains points et une éventuelle relecture, n’a de sens que parce qu’elle sous-entend le respect et la mise en application.

C’est au nom des différentes valeurs que nous avons exposées que la Loi se discute, parce que l’on veut pouvoir continuer à l’appliquer ; au nom d’une certaine idée du divin, non pas barbare mais humaniste ; au nom d’une certaine discipline intérieure qui ne chercherait pas à faire de nous des robots mais des êtres humains accomplis ; au nom d’une fidélité à une haute idée du judaïsme ; au nom du respect de la liberté de chaque individu ; au nom d’un judaïsme de l’équilibre et de la modération ; au nom de l’ouverture à une certaine transcendance qui n’est pas celle de la folie.

Celui qui s’implique afin d’accomplir de telles réalisations à quelques chances de se trouver lui-même et d’apporter un peu de luminosité sur le monde par le chemin qu’il traverse et qui le traverse : la Halakha  .

Yeshaya Dalsace

Cet article vient en réponse à la demande d’un lecteur :

" Un article qui serait intéressant et que je n’ai pas trouvé sur votre site, c’est de défendre la position d’attache à la Halakha  , dans une société comme la notre.

Comment comprendre qu’un mélange carné/lacté pourrait nuire ?

Comment peut-on considérer l’homosexualité comme un rapport interdit ?

Comment penser que la société juive doit souscrire à un code vieux de plus d’un millénaire ?

Et je suis sur que votre imagination trouvera les questions les plus pertinentes ainsi que les réponses adéquates.

Dans l’espoir de vous lire un de ces jours. "

Je n’ai pas répondu aux détails, c’est-à-dire sur le bien fondé de telle ou telle règle, car chacune mérite une éventuelle discussion. Le système lui-même doit d’abord être justifié et défendu comme tel. Chaque sujet de Halakha   est traité au gré des différents articles de ce site dans la rubrique Halakha   et sur d’autres sites plus spécialisés.

Yeshaya Dalsace

Messages

  • Monsieur le Rabbin  .

    Tout d’abord merci pour l’article (en réponse à ma demande). Il est très clair et exprime assez précisément de bonnes raisons d’adhérer à la halakha  .

    Cependant, certains points restent encore (à mon avis) troubles. Les voici :

    Vous avez récapitulez ma question, avec brio, de la manière suivante : « Pour quelles raisons, un juif occidental, quand bien même il désirerait sincèrement une vie spirituelle, devrait respecter de telles règles et une discipline aussi stricte, jugée trop artificielle ? »

    Dans votre réponse, vous mettez en valeur différente raisons d’adhérer à la halakha  . Mais pourquoi un juif, doit-il donner priorité au système spirituel juif plus qu’à celui des bouddhistes ou d’autres ? Si un juif préfère un système spirituel qui n’est pas génétiquement le sien, est- il à blâmer ?

    De plus vous écrivez : « La sainteté de shabbat n’existe que par les interdits du shabbat. La sainteté de ma maison et de ma vie familiale n’existe que par les différentes règles qui gèrent ma cuisine, le rythme de ma famille et même ma chambre à coucher… Ces règles, Loin d’être un carcan insupportable dès lors qu’elles sont bien vécues et appliquées avec quelque humanité et intelligence, font que ma famille n’est pas comme toutes les autres et qu’il y règne une certaine ambiance et un climat de spiritualité, le tout accompagné d’une identité juive très prononcée. C’est pourquoi ces règles sont une richesse et une chance et non pas seulement l’expression d’une adhésion théologique ou dogmatique. »

    Ce discours est celui de toute personne religieuse. Elle vous affirmera que son niveau de pratique lui donne un équilibre spirituel et rejettera un niveau de pratique plus élevé. Le juif orthodoxe   lui aussi vous affirmera que sa pratique, « loin d’être un carcan insupportable dès lors qu’elles sont bien vécues et appliquées avec quelque humanité et intelligence » donne un climat spirituel à sa vie. Le fait de ne pas « toucher » une personne du sexe opposé (même célibataire !!) lui permet de se surpasser...

    En deux mots, votre réponses (sur ce point) reste complètement subjectif.

    Un homosexuel juif vous dira que ces règles ne sont qu’un « carcan insupportable ». Ce climat de spiritualité ne doit pas être conditionné par des lois mis en place dans une société bien particulière comme vous le soulignez maintes reprises ! Pourquoi la halakha   que vous défendez interdit l’entrée (au sens spirituelle) à ceux qui ont des tendances homo ? Oui, vous dites qu’ils méritent le respect, mais votre halakha   ne le leur attribue pas !

    Vous définissez votre appartenance à la civilisation : « Respecter la Loi juive consiste à se placer dans une continuité historique qui me relie à des centaines d’années, et même des milliers, d’une histoire humaine particulière. La Halakha   est le résultat d’une longue chaîne de réflexion. C’est ce qu’on appelle une civilisation. Un être humain est toujours le résultat d’une civilisation humaine qui a mis des milliers d’années à se forger. En respectant les règles du judaïsme je me place dans cette continuité très particulière qui est celle de l’histoire juive. Je suis donc un être civilisé ».

    Je respecte totalement votre point de vue mais un juif libéral vous donnera une autre définition d’un être civilisé tout autant respectable. comme par exemple : « le cinéma juif le théâtre juif les livres juifs et surtout la cuisine juives !! »

    A part cela je vois une contradiction dans vos propos que je n’arrive pas à résoudre :

    Vous écrivez : « Mais il (méssorati) doit également se justifier vis-à-vis de la majorité des juifs qui ne sont pas religieux et pour qui la Halakha   peut sembler un système totalement dépassé. Ce public peut trouver beaucoup plus simple de se tourner vers des mouvements juifs plus libéraux chez lesquelles la Halakha   n’est pas une obligation ».
    Vous sous-entendez que pour vous la halakha   est une obligation !Mais voici que vous écrivez aussi : « Il ne s’agit nullement d’une Loi imposée, mais d’une Loi choisie, une Loi d’élection. C’est pourquoi nous sommes opposés à toute coercition religieuse. »

    Dernière remarque.

    « C’est pourquoi la Halakha   ne peut se laisser altérer, ni par le fanatisme fleuretant avec l’imbécilité et assénant des discours culpabilisateurs à qui veut les entendre, ni par la mollesse d’une adaptation à toute difficulté ambiante. Le fanatisme n’est que trop entendu, nul besoin de l’expliquer. »

    Vous omettez de mentionner que la majorité du monde juif est libéral et vous considère comme fanatique !!

    Encore une fois, très subjectif.

    Julien.

  • Bonjour,

    Près de quatre ans après sa rédaction (!), je réagis à l’article de Julien (que je viens de découvrir). Julien, vous avez l’air de considérer comme un défaut que les remarques du Webmaster soient subjectives. D’abord, je ne vois pas comment il pourrait en être autrement : il ne s’agit pas d’un article de sciences exactes. De plus, il me semble que cette subjectivité est la bienvenue : heureusement qu’un rabbin   est capable d’avoir une sensibilité et des idées bien personnelles, et susceptibles d’être discutées ! C’est justement cela qui est intéressant ! Et bien sûr, un rabbin   massorti   n’aura pas la même façon de voir qu’un orthodoxe   ou un libéral : comme le dit Y. Dalsace dans un autre article, c’est précisément cette diversité de conceptions qui constitue la richesse du judaïsme.

    Cela dit, je comprends, Julien, votre perplexité devant cette contradiction du moins apparente entre : la Halakha   n’est pas une obligation pour les libéraux - et donc, sous-entendu, elle l’est pour les massorti   -, et cette affirmation : " Il ne s’agit nullement d’une Loi imposée, mais d’une Loi choisie, une Loi d’élection. C’est pourquoi nous sommes opposés à toute coercition religieuse." J’avoue que cela me pose problème, à moi aussi. Mais je pense finalement que l’on peut résoudre la difficulté de la façon suivante : il ne faut pas pratiquer la Halakha   par peur, par soumission à un rabbin   autoritariste, mais il convient de choisir librement de la pratiquer, en pleine conscience, en l’acceptant de manière responsable.

    Pour finir, je voudrais vous dire, M. Dalsace, combien j’ai été touchée par l’anecdote des Juifs construisant, dans un camp de concentration, une soukka avec du matériel volé : oui, je trouve, moi aussi, absolument admirable leur discussion halakhique concernant la légitimité d’une telle soukka ! En revanche, je vous ai trouvé un peu féroce lorsque vous déclarez : "Sans une telle fidélité, il n’y aurait pas une telle civilisation, fidélité qui manquait singulièrement aux Allemands vis-à-vis des valeurs de leur christianisme trop vite oublié…" N’oubliez tout de même pas, à votre tour, le pasteur Dietrich Bonhöffer, résistant au nazisme, déporté dans le camp de concentration de Buchenwald et pendu en 1945, ainsi que nombre de membres catholiques du groupe résistant "La rose blanche" (Die Weisse Rose)... et certainement beaucoup d’autres dont je n’ai pas entendu parler...

    Bien cordialement !

  • Bonjour Chantal,

    vous ecrivez : "il ne faut pas pratiquer la Halakha   par peur, par soumission à un rabbin   autoritariste, mais il convient de choisir librement de la pratiquer, en pleine conscience, en l’acceptant de manière responsable."

    Je voudrais en discuter (et je suis interresse a entendre votre avis sur le probleme) mais pas sur le cite (pour des raisons techniques)

    bameavarechecha@gmail.com

    Chabbath Chalom

  • oups...

    j’oubliais de dire que mon pseudonyme etait JULIEN

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?