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Haazinou – Soukot

Haazinou – Soukot

« Le Rocher qui t’a enfanté, tu l’épuises… » (Deutéronome 32, 18). Cette phrase constitue un véritable défi pour pas mal de commentateurs : comment l’homme enfanté par Dieu pourrait-il l’épuiser, le vider de sa force, alors que toute force vient de lui ?

Le midrach Midrash
Midrach
Traditions rabbiniques qui viennent commenter le texte biblique. Le Midrash utilise des principes mettant en lumière "l’inconscient" du texte. Le vrai sens n’est pas celui qui se laisse lire au premier regard, il est celui qu’il faut chercher à l’intérieur des mots.
commente : « Lorsque les fils Israël font la volonté du Lieu, ils lui ajoutent de la force et de la puissance, comme il est dit : « Et maintenant que grandisse s’il te plaît la force de la Transcendance » (Nombres 14, 17) ; lorsqu’ils le fâchent, alors pour ainsi dire ils « épuisent le Rocher qui les enfante » (Deutéronome 32, 18) » (Yalqout Chim’oni 945).

On ne peut comprendre ce passage que si l’on comprend ce qui s’est passé au Sinaï : en révélant sa volonté à Israël, la Transcendance a renoncé à une partie de ses prérogatives, et les a remises entre les mains de l’homme, puisque cette volonté – et sa réalisation – dépendent désormais du bon vouloir humain. C’est pourquoi cette volonté ne pouvait se faire entendre que sous forme impérative : il y va du plus intime de la Transcendance elle-même - sa volonté - qui dépend désormais du bon vouloir de l’homme ! Il est donc impératif que celui-ci ne délaisse pas l’appel qui lui est adressé, appel par lequel Dieu révèle toute la confiance et l’amour qu’il a en l’homme. La révélation donne ainsi un pouvoir exorbitant à l’homme dans l’histoire : il est celui par lequel la volonté divine peut désormais advenir – ou pas… Le divin dépend désormais de l’humain pour ce qu’il a de plus propre, son vouloir.

Ainsi par exemple celui dont les actes non éthiques portent un contre-témoignage à la Torah, réduit la force de la Transcendance dans l’histoire : il fait croire que tout cela n’est que blague et mensonge, fable dérisoire pour enfants, alors que la vraie histoire s’inscrit en lettres de sang dans la force et la violence. Tout Juif qui se conduit comme un vaurien, épuise ainsi Dieu et son appel éthique en les rendant inefficaces dans l’histoire…

C’est pourquoi il est bien dit : tu épuises celui qui t’enfante. Car celui qui nous enfante a un projet : nous faire grandir à notre stature humaine grâce et dans son appel éthique, la Torah. Mais il ne peut pas – et ne veut pas – nous faire grandir sans nous. C’est pourquoi il nous appelle à faire sa volonté. C’est donc bien celui qui nous enfante par sa parole et son appel que nous pouvons épuiser : c’est celui qui nous veut, qui a misé sa volonté sur nous en nous accordant la confiance de sa révélation, que nous pouvons amoindrir en ne prenant pas au sérieux cet acte d’amour incroyable ; c’est celui qui nous enfante en se révélant au Sinaï que nous pouvons repousser et mépriser en empêchant sa volonté de s’accomplir à travers nos actes et notre comportement, à travers notre responsabilité.

Si la volonté de Dieu doit en passer par l’homme, alors l’homme peut faire échouer – et ainsi épuiser – cette volonté en n’en répondant pas, et en la dénigrant et l’amoindrissant aux yeux des autres. Il est donc vital de traduire à chaque génération à nouveau l’appel de cette Transcendance de telle manière à ce qu’il reste pertinent et percutant pour chaque époque et chaque génération. Sans cela nous épuisons celui-là même qui nous a enfantés en nous faisant naître au creux de son désir.

C’est ce dont nous témoignons à Soukot Soukot
Souccot
Fête des cabanes, du 15 au 22 Tishri. Troisième fête de pèlerinage et aboutissement du cycle liturgique dans le judaïsme. Symbole de l’harmonie possible entre le monde spirituel et terrestre. C’est la fête messianique par excellence. Elle correspond également à la fin du cycle agricole commencé au printemps avec Pessah.
 : après Kipour, après avoir demandé pardon à Dieu d’avoir amoindri sa force dans l’histoire par nos actes, nous retrouvons l’instabilité d’une demeure provisoire, qui est le véritable témoignage de notre confiance en Dieu et en sa force éthique ; nous sommes toujours en route pour essayer de trouver les modalités pratiques par lesquelles nous réussirons petit à petit et pas à pas à faire descendre l’appel divin dans l’histoire, à lui donner du sérieux et du poids par la valeur et la pertinence de nos actes et de nos comportements. Ce projet ne peut jamais s’accomplir définitivement dans le doux confort d’une demeure fixe, de certitudes figées, de modes d’emplois du parfait-petit-juste : c’est seulement en route vers la terre promise de la réalisation éthique que nous pouvons nous laisser générer pas à pas par notre Rocher - qui n’attend que cela.

Yedidiah Robberechts

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